Texte d’exposition, L’Echos des ruines, Astrid Staes et Dieter Appelt, à la Galerie des Minimes
Astrid Staes, Int. jour, L’Echos des ruines, 2023
La ville remue, rugit du chaos des solitudes ordinaires. Les âmes côte-à-côte, contre la montre, s’occupent à dompter le temps. Le timbre obsédant de l’aiguille comble un peu le silence au creux des corps.
Dans la multitude, l’artiste progresse à contre-jour. Astrid Staes a fui la ville. Elle s’active à devenir près des jours disparus, des mémoires écroulées. Elle affronte ainsi sa solitude, singulière et insidieuse. Elle en sonde les racines dans les déserts, dans les ruines. Son art est la quête d’un soi enseveli.
Les paysages photographiés, mutiques, s’offrent comme un reflet. Ce sont des espaces bouchés, encombrés. Il n’y a pas de point de fuite, pas de respiration. Deux silences se rencontrent et élaborent un discours. Ni lieu, ni temps. C’est ici que l’être se rassemble et se déploie. La contemplation pure, dépouillée des entraves triviales, remplit le vide. Le regard assis sur l’horizon, l’artiste se révèle lentement à elle-même.
Elle capte dès lors, les ombres qui coulent le long des murs, celles qui unissent et confondent, celles aussi qui soulignent le Mystère. Ses yeux accoutumés à l’obscurité épousent vaillamment ce Mystère. Ils ont le goût du secret. Astrid Staes se détourne du néant pour effleurer l’infini. Alors, sans sourciller, elle se tend vers la lumière qui discrimine et découpe les formes brutes, accidentées. Elle a trouvé un pouls dans les décombres, sur les surfaces planes ou cabossées.
Une voie qui monte et fait éclat, prolonge les échos. C’est l’image la plus véridique d’elle-même qu’elle fixe désormais.