Présentation de la galerie des Minimes

Olga du Saillant et Félix Cholet, ©Ted Belton

A quelques encablures du bourdonnement de la place des Vosges, se trouve la galerie des Minimes. La galerie qui a éclos au printemps 2023, a pignon sur rue. Comme un secret qui se chuchote, c’est un de ces écrins qu’on découvre au hasard et qu’on croit surprendre. Pour autant, à s’approcher un peu, la vitrine comme échaudée, vibre des trépidations intérieures. Une énergie créative, magma habilement contenu, est palpable. Et chaque détail est pensé pour capter l’œil et le cœur de celui qui a osé y regarder de plus près.

La galerie a été fondée par deux artistes photographes : Olga du Saillant et Félix Cholet. A l’aube de la vingtaine, le duo de galeristes élabore un discours avec un cran et une fougue propre à la jeunesse pour présenter des expositions pointues et incisives. Cette jeunesse n’est pas une légèreté. Olga et Félix ont baigné depuis toujours dans l’Art. Olga du Saillant, a grandi près des œuvres de Dieter Appelt, bercée par les transports romantiques de Serguei Rachmaninoff, et Félix Cholet a aiguisé son regard en observant consciencieusement son père créer.

Les œuvres qui sont exposées palpitent en noir en blanc. Ce sont des photographies souvent, mais aussi des dessins ou des sculptures dont les galeristes font valoir le pouvoir narratif. Le minimalisme qui s’affiche depuis la vitrine, présente une esthétique délicate et harmonieuse. Cette épure, douceur formelle, révèle en fait une intensité profonde et sourde. Les créations présentées dans la galerie des Minimes ont la pesanteur des choses vraies et immuables. La poésie est là pour lier et sublimer les contrastes, pour contempler avec hauteur les vérités inflexibles. Tel est le parti pris.

Il faut dire que les aspirations et les résolutions des galeristes s’élaborent dans le choc des cultures car si l’un regarde à l’Orient, l’autre pointe l’Occident. Ainsi, Olga s’inspire largement du Japon, d’où elle tire son plaisir de l’équilibre, de la forme juste et du geste net. Tandis que Félix, d’origine argentine, puise dans ses nombreux voyages et fait valoir un regard sensible et brut sur la nature, sur la main qui s’abîme à créer et qui en devient plus belle. Ces deux caractères s’accordent dans une même impulsion créatrice et tendent à nouer un lien viscéral et sensible avec le monde par le prisme des Arts Plastiques.

Les galeristes photographes conjuguent les postulats pour toucher au mieux au cœur du spectateur. La proximité qu’ils élaborent avec les artistes qu’ils présentent permet de ne rien perdre de la portée de chaque création. Et pour ancrer plus encore leur démarche, un livre est publié pour chaque exposition. Ce n’est pas un catalogue qui listerait les œuvres et donnerait volontiers les détails techniques de chacune, mais bel et bien un livre poétique qui donne la voix à différentes plumes. Les discours croisés sur les œuvres exposées suffisent pour faire mémoire.

Rêveurs sans bornes, épousant l’absurde et les énigmes existentielles impétueusement, Olga du Saillant et Félix Cholet sont deux acteurs de l’Art à suivre !


Edito

Lou Ros, représenté par la galerie Romero Paprocki

Lou Ros, Cuicui 11, 200x130, 2021, © Lou Ros

Lou Ros est un artiste plasticien français qui confie à travers ses créations tout son amour pour la nature. Ses tableaux et ses sculptures portent en creux le regard de l’admirateur. Il déplace le syndrome de Stendhal du côté de la nature.

C’est précisément ici qu’il puise toute son inspiration. Ses œuvres bigarrées sont un témoignage de l’apanage des fleurs, des champs, des montagnes et des oiseaux. Et parmi les choses du vivant, les oiseaux attirent plus que tout son attention.

 Créer des œuvres, tisser des liens

A vrai dire, Lou Ros est le spécialiste du pas de côté : il se détache des modes et de la doxa. Il crée en suivant son intuition. Dès lors, le cadre épouse la forme de ses volatiles qu’il nomme avec humour Cuicui. L’art n’est pas un carcan étriqué. Au contraire, l’approche est légère. Cette légèreté n’est pas une désinvolture ni un aveu de superficialité. Elle est une manière de communiquer mieux, de rendre accessible le discours.

Car le peintre valorise les échanges : ses œuvres taquinent l’imaginaire. Il joue avec l’abstraction pour créer les conditions favorables au débordement de l’imagination. Dans ce contact, les personnalités se révèlent. Il importe peu alors, de savoir si cette forme qui plane au-dessus du paysage est un nuage lourd ou le dôme d’un mont dont la base aurait disparu. De fait, Lou Ros cultive le flou. On s’immerge dans l’image. Elle est un cheminement ou une quête quand ce qu’on y projette se dérobe.

 L’ode à la nature

 La main de l’artiste a cessé de créer pour pointer vers elle-même. A l’ère de l’anthropocène, le plus beau paysage est encore celui de la nature : Lou Ros efface de ses créations la présence des hommes. Le monde est comme intact, aucune technologie n’est visible.

Ici, la beauté est surtout une affaire de couleur. Les tons se complètent et s’entrechoquent. Le vert clair flanqué d’un anthracite grave, s’affermit, il clame sa tendresse et la vigueur du gris qui l’accompagne. Les segments pales racontent l’aveuglement. Tandis que la ligne d’horizon, immuable, comme une signature, tranche. Elle est le point de tension de chaque paysage. Et elle induit un hors-champ pris en charge par l’imagination des spectateurs.

Pour rendre compte du spectacle de la nature, le jeune homme peint en strates, tout en transparence, avec différentes techniques. Il utilise le pastel, l’acrylique et le spray. Les couches qui se recouvrent offrent toujours une profondeur. Ce pourrait être l’illustration scientifique d’une découpe sédimentaire comme l’enchevêtrement des variations de couleurs de la flore qui s’agite au vent. Les épaisseurs de couleurs rendent compte de la complexité épatante de la nature.

 

En somme, l’art de Lou Ros aborde une écologie de manière décomplexée et décomplexante. A mi-chemin entre la figuration et l’abstraction, c’est une révérence faite à la nature.


Edito

Max Coulon, représenté par la galerie Romero Paprocki

Max Coulon, Flip side, 2023 © Nosbaum Reding

Les idoles drôlatiques

 La joyeuse troupe des sculptures de Max Coulon défile devant des sourcils qui s’arc-boutent. Il faut dire que l’artiste, diplômé des Beaux-Arts de Paris, élabore un bestiaire nouveau. Ses créatures sont composées, hybrides, comme ressuscitées parfois. C’est une étonnante cohorte d’animaux et d’objets anthropomorphes.

Non sans humour, Max Coulon crée des personnages patauds, dégingandés. Ce sont des pastiches des peluches et des protagonistes de nos enfances. Ce sont ces formes qu’on a pu dessiner et colorier sur les bancs de l’école en se concentrant pour ne pas dépasser. Elles parlent ainsi à tout le monde.

Spécialiste du détournement, le sculpteur façonne le bois ou le béton comme une pâte à modeler : les bras et les jambes sont deux boudins qui s’étirent. Puis il joue avec la matière. Le béton qui forme la partie inférieure du corps de plusieurs de ses personnages imite l’effet du tissu en velours des pyjamas de bébés. Cette autre sculpture est ventripotente. Sa bedaine s’affaisse ; ici, le béton paraît si mou. L’artiste pousse le réalisme. Là, il chausse un âne avec de véritables bottes de cavaliers qui forment ses pattes. Les semelles baillent, elles ont fait du chemin.

Exhiber les coutures

Loin des canons de la sculpture antique qui prônent l’illustration d’un idéal de beauté où le geste du sculpteur s’efface pour se faire oublier, Max Coulon réalise ses modèles comme des puzzles, il en exhibe les jointures. Ses œuvres sont composées d’éléments disparates. Il est ainsi aisé de distinguer les différents morceaux des corps de ses personnages. A l’opposé de Praxitèle, l’artiste laisse les fils apparents. Plus encore, il expose les cassures et les heurts. Ses créations sont érigées dans la fracture. Elles ont eu plusieurs vies.

La tête, siège de l’identité, de la reconnaissance, est posée sur le corps. Elle a souvent une couleur différente. Il s’agit d’un masque parfois, placé sur des corps indistincts. Leurs teintes douces ôtent un peu de gravité aux cicatrices. Max Coulon est un Frankenstein qui soigne l’esthétique.

Cultivant l’hétéroclite, les parties du corps ne subissent pas le même traitement. Le corps est brut comme une ébauche, première forme qu’on couche sur le papier. La tête par contre, est détaillée : les traits fins s’incrustent dans le béton, on devine la texture de la peau. L’approche est naturaliste.

Avec le bois, le sculpteur va plus loin encore, les coups de burin qui ont permis de façonner les pieds de ses personnages sont exposés. La peau n’est jamais lisse. Le geste de création est ancré dans les chairs. L’œuvre donne à voir le processus de création, de l’élaboration au résultat final.

Les êtres étranges de Max Coulon expriment la rencontre troublante du monde de l’enfance - ludique, tout en ronds, en mines rieuses et inoffensives - et le monde des adultes qui connaît les cicatrices, qui continue d’évoluer et s’élève avec les failles. Le sculpteur va droit au but, sans fioritures. Il exprime avec une économie de moyens notable, un geste net, tout ce que cette rencontre remue en nous.