Texte d’exposition, Mémoires tangibles, Janique Bourget et Alice Lebourg

Janique Bourget et Alice Lebourg, Mémoires tangibles, 2024 © Marion Saupin

Mémoires tangibles est le couronnement d'une rencontre artistique entre Janique Bourget qui travaille le papier et Alice Lebourg qui souffle le verre. Elles exposent le fruit de leur création commune, entamée il y a deux ans et présentent l'alliance étonnante de deux matières que tout semble opposer. Leurs savoir-faire se sont naturellement entremêlés, ils disent le passage et la disparition. Le verre en fusion épouse les sculptures de papiers qui se consument à son contact. Le papier disparaît doucement, il prend le temps de laisser sa marque, trace de son existence révolue.
Ce sont ces "Mémoires tangibles" que l'on découvre du 14 au 17 mars, 6 rue de la Folie Méricourt, à Paris.

Dans cette exposition, le papier compose avec sa phobie : le feu. Il parvient à résister suffisamment pour sublimer le verre. Le verre incandescent est contraint par les tranches de la structure en papier qui l'entaillent. Il garde la mémoire de cette rencontre dans sa peau lisse. Marqué par elles, il a su, comme une qualité de l'âme, tirer de la beauté de ses cicatrices. Il est alors question du temps d'après : de cet instant qui donne une valeur à la trace laissée avant de disparaître.

Janique Bourget modèle le papier - une matière qui semble fragile - pour le porter plus loin dans le langage. Sous ses mains s'impriment des plis, des sillons. Le papier se creuse, prend de l'ampleur, il devient un volume. C'est une structure qui a désormais une densité poétique : l'artiste fait advenir le vide elle le cerne pour l'exposer franchement à la vue. On se plaît alors à observer le passage muet d'une forme à une autre. La sculpture entame une chorégraphie envoûtante qui montre les transformations.

Alice Lebourg façonne le verre. Ses créations portent la mémoire de son souffle. Elles sont aussi les hôtes du vide. Artiste de l'instant, ses œuvres sont à l'épreuve du temps : le verre soufflé n'est façonné que dans l'incandescence. Il faut faire vite et dompter les secondes. La réalisation finale est le résultat de cette tension. Alice est particulièrement sensible aux détails ténus. Elle met également le verre à l'épreuve pour faire valoir les possibles et repousser comme Janique les propriétés de sa matière.

On s'applique ainsi, à porter une attention accrue aux choses menues. Ces petits phénomènes ménagent un moment privilégié, un hors-temps propre à la contemplation. On s'abandonne alors aux impressions. Ce sont elles qui marquent durablement la mémoire.

Cette exposition est un prologue. Elle sera développée dès le 6 avril 2024 à Poitiers : les œuvres présentées seront exposées au musée du vitrail jusqu'au 3 novembre 2024.