Biographie de Giulia Zanvit
Giulia Zanvit ©Ykwis
Ici, l’étang qui s’étire nonchalamment. Là, le ventre rondouillard qu’une colline offre aux nuages. Un peu plus loin encore, le cours tranquille d’une rivière qui, chatouillée par les galets, pépie sous le toit des arbres. Pour Giulia Zanvit, diplômée de l'ESBA - MO.CO de Montpellier, un morceau de nature peut servir de thème à toute une vie. C’est un peu son panthéon.
Sa lecture des éléments qui l’entourent est presque animiste. Elle est de ces artistes qui se bercent des lueurs d’un coucher de soleil, de la cadence de leurs reflets sur l’eau. De ceux aussi, qui aiment prendre le temps. Elle contemple, ressent et crée. Les trois actions sont si bien mêlées qu’elle réalise désormais des installations in situ. Touche à tout, et foncièrement curieuse, Giulia Zanvit dessine, peint, sculpte et construit.
Ses créations très diverses suivent toutes un même fil rouge : la cueillette, le recyclage et le réemploie. Elle prend un peu à la nature, sans l’abîmer jamais, pour la montrer sous un angle nouveau. Résolument, elle expérimente : les pigments sont ces fleurs, ces pierres qu’elle a glanées dans la forêt ou sur la plage. Les matériaux qui font le corps de ses œuvres sont aussi cueillis au fil de ses promenades. Elle nous invite à apprécier les racines profondes de l’Homme à travers son art : bien ancrées dans la terre, enfouies dans une nature qu’à tort on peut renier. C’est son instinct, happé par les beautés diverses des choses naturelles, par leur harmonie, leur équilibre, qui guide son œil puis sa main.
Dans ses ouvrages, l’art ancestral qui s'unit étroitement aux éléments organiques, côtoie un renouvellement. C’est que l’artiste confond son langage avec celui de la nature. Elle l’illustre à travers les symboles et les tournures poétiques. Ainsi, elle développe des images qu’elle a perçues depuis toujours autour d’elle, quand, dans la maison familiale lovée au cœur des Cévennes, elle considérait l’expression des châtaigniers, ou celle des chênes. Il y a aussi celles qu’elle a appris à lire. Apprendre, justement. Voilà le cœur de son projet : apprendre à créer avec la nature, sans autre artifice que celui de sa main qui assemble. Sa démarche empirique et spontanée est semblable à celle d’un enfant qui s’émerveille et qui expérimente. Tout en adoptant une attitude cérémonieuse, pluriséculaire, faite de rituels cultivant la précision, elle préserve la fraîcheur, la candeur de l'enfance.
Texte d’exposition sur l’expérience artistique ménée par Giulia Zanvit, La Cérémonie du haut monde
Giulia Zanvit, La Cérémonie du haut monde, 2023, Expérience artistique à la Galerie Porte B., Paris, © Ykwis
La Cérémonie du haut monde est le sacrement des objets qu’on dirait ordinaires. Giulia Zanvit met en scène, à travers un rite initiatique, une somme d’éléments qu’elle a collectés au hasard de ses promenades dans la nature. Pendant une poignée de minutes, elle nous invite à partager son émerveillement, sans un mot.
C’est le spectacle du tout petit, du détail dans lequel s’est dissimulé le prodige naturel – celui-là même qui nous échappe – suivant la chorégraphie épurée du rituel. Ainsi, par la mesure de son geste, Giulia Zanvit nous guide pour cueillir les beautés que nos sens ne perçoivent plus. Car il s’agit bien de voir, de toucher, de sentir, de goûter et d’entendre. La voix sèche du bois, la note argentine de l’eau qui accompagne le mouvement de l’artiste chante plus fort ses propres atours : l’artiste lève délicatement le voile et la magie opère.
La cérémonie se déroule en plusieurs étapes, et chacune d’elles permet d’embrasser progressivement un hors temps, celui de l’empire des sens. Voilà le haut monde. Il est le lieu où l’on redevient sensible. Autrement dit, c’est l’espace, l’instant où se rencontrent les sens et l’âme. L’âme, ainsi mise à nue, presque palpable, peut mieux penser le monde, mieux penser sa présence au monde. Capter à travers la beauté, l’esprit de toutes choses est aussi un pas supplémentaire pour saisir l’esprit de communauté. Les sens pour Giulia Zanvit permettent de fusionner avec l’Autre, soit tous les êtres, toutes les choses sensibles. Elle abolit les différences, qui ne sont qu’une illusion éphémère, et encourage à se considérer dans un tout qui communique.
Elle offre enfin, dans un écrin de douceur, au détour d’un sourire, la possibilité d’un rendez-vous avec l’infini, l’immémorial. L’artiste donne forme au visible dans lequel l’enchantement n’est plus seulement propre aux contes et aux légendes. Il éclot dans le quotidien.